Un Nouvel Opéra pour la ville de Marseille

Euroméditerranée - Marseille (13)

Mon projet se situe en plein cœur d’Euroméditerranée, dans la bande qui compose la partie la plus importante du projet urbain. Cette bande qui relie le Fort Saint-Jean à la tour CMA-CGM est contrainte par l’autoroute A55 qui lui donne sa forme et son sens. Cette bande abrite la majeure partie des édifices emblématiques d’Euroméditerranée et les relie par un boulevard piéton, ainsi en suivant la promenade depuis le Vieux Port, on croise le MUCEM et le CEREM qui s’articulent avec le Fort Saint Jean fraîchement réhabilité et le parvis de la Cathédrale de la Major enfin désenclavée. En remontant au Nord on longe les débarcadères des ferrys du Quai d’Algérie avant d’arriver aux Docks, il s’agit d’un ancien entrepôt portuaire réhabilité en immeuble à vocation économique. A l’ouest se trouve les terrasses du port qui regroupent une zone commerciale et les débarcadères du Quai du Maroc. Puis vient le site du projet, bordé par les ponts autoroutiers et c’est à l’endroit où la bande se plie que j’implante un nouvel Opéra pour la ville de Marseille. La promenade se termine un peu plus au nord par les quais d’Arenc où se situent trois tours de logements et de bureaux. Ce quartier de Marseille est l’une des trois portes d’entrées de la ville : deux sont au nord : celle-ci et la Porte d’Aix qui sont toutes deux situées dans la zone Euroméditerranée alors que la troisième est située au sud-est en direction d’Aubagne. L’Opéra se situe à un endroit clef de la ville lui donnant ainsi un devoir d’articulation entre plusieurs échelles et un statut urbain important.

Le choix du programme de l’Opéra est venu de ma volonté de travailler sur un édifice qui possède un rôle important dans une ville car c’est un programme qui impose une image forte et emblématique dans le paysage urbain et pose la question de comment traiter cette image. En effet le paradoxe de ce type d’édifice est qu’il abrite un divertissement empreint d’un héritage non démocratique et élitiste alors qu’il apporte une qualité urbaine grâce à son importance et son traitement.

La difficulté majeure du site est qu’il est bordé par deux axes autoroutiers ce qui le contraint dans une bande qui se connecte difficilement avec le quartier environnant. En effet la trame urbaine est rompue par cette bande et enclave le site par rapport au reste de la ville. La figure urbaine a pour rôle d’implanter le bâtiment de manière que, dans un premier temps, il articule la bande avec le reste de la ville et dans un deuxième temps, il articule le pli de la bande. Pour cela, la ligne bleu, qui représente le programme générique reprend les alignements existants et les sens des différentes trames présentent pour les relier entre elles. Cette ligne s’étend hors de la bande et « enjambe » les autoroutes pour se placer dans la ville et non uniquement dans la bande. De plus, le fait « d’enjamber » les autoroutes marque l’entrée et la sortie de la ville. Les deux lignes rouges quant à elles représentent le programme spécifique, celle avec le rehaut se place sur l’axe de la bande pour marquer son statut de signal alors que la seconde se place à l’est pour laisser l’espace libre à l’ouest dans la continuité de la promenade piétonne.

Le programme regroupe deux salles de spectacles : le grand théâtre de 1506 places assises et une petite salle de musique de chambre de 324 places assises ainsi que tous les espaces publiques et privés nécessaires à leur fonctionnement. Le bâtiment fait 32 000 m2 dont 25 000 m2 de surface utile. Les espaces intérieurs dédiés au public représentent un total de 8000 m2 : les deux salles font respectivement 400 m2 pour la petite et 860 m2 pour la grande, le foyer sur trois niveaux représente la partie la plus importante avec 5650 m2, ce dernier se prolonge par un musée de 900 m2. La Maison de l’Opéra et le restaurant font 250 m2 chacun. Les espaces privés comptabilisent quant à eux 16 800 m2, répartit en quatre zones : les espaces scéniques (scènes, arrières scènes, grande salle de répétition, salle du ballet) qui font 6500 m2 , les espaces des artistes (loges, foyers des artistes, salle de répétitions individuelles et collectives, salles de sport, studio, bureaux artistiques) qui représentent 5100 m2, les ateliers (atelier décors, costumes, accessoires et stockages) qui font 3700 m2, et la partie de l’administration (bureaux, salles de réunion) qui font 1400 m2.

Le bâtiment se compose de deux parties résultantes de la figure urbaine, d’une part il y a la ligne de programme générique qui regroupe les espaces des artistes, de l’administration ainsi que les ateliers costumes et accessoires. D’autre part, le volume des espaces scéniques qui se place au centre de la bande. Le vide créé entre ces deux volumes abrite les espaces publics tel le hall d’entrée et le foyer ainsi que les deux salles de spectacles qui fonctionne comme deux éléments qui habitent l’espace.

La façade SUD fonctionne comme un signal à l’échelle de la ville par son traitement opaque blanc pour s’habiller de lumière naturelle ; de plus elle a pour rôle de dimensionner l’espace du parvis en l’orientant vers la mer tout en articulant l’édifice avec la promenade piétonne. Elle reprend la forme du rideau de scène. L’entrée se fait face à la ville qui s’étend au Sud, le grand hall abrite les commodités telles que les guichets, les vestiaires et les sanitaires qui sont repoussés dans l’épaisseur des murs. Le foyer se développe du rez-de-chaussée au 2ème étage et est relié par un grand escalier qui se déploie dans l’espace, l’accès peut aussi se faire par un noyau de circulation verticale présent dans l’épaisseur de la façade SUD. Des bars sont présents à chaque niveau de foyer pour se restaurer pendant l’entracte. Les espaces scéniques sont regroupés de manière à permettre une grande facilité dans la manipulation des décors et des scènes, que ce soit de la phase création dans les ateliers à la phase représentation pour la grande scène en passant par la scène de répétition. Le niveau de scène se situe trois mètres sous le niveau du sol ce qui permet d’avoir le parterre accessible de manière continue depuis le niveau du foyer. Au deuxième étage se situe la seconde salle de spectacle, il s’agit d’une petite salle d’écoute de musique de chambre qui est reliée au foyer présent à ce niveau. La maison de l’Opéra et le restaurant sont situés à l’ouest de la façade SUD au plus proche de la mer. On y accède par la circulation suspendue au-dessus de l’autoroute depuis le foyer.

Une promenade se fait le long du bâtiment en prolongement du boulevard piéton. Elle monte graduellement pour accéder à la toiture qui est traitée comme une petite place publique bordée par les façades de la ligne de programme. Des volées de gradin permettent d’admirer la mer ; cette dernière étant cadrée par la structure du belvédère. Cette toiture habitée est un hommage à la Cité Radieuse et peut accueillir des performances dans un auditorium extérieur. Cette promenade se termine par un belvédère au Nord avec la vue sur la mer, les montagnes et les futures tours du Quai d’Arenc.

La ligne de programme abrite trois éléments de programme, d’une part le pôle administration au Nord, ensuite les ateliers de costumes et d’accessoires ainsi que leurs stockages. Ces ateliers se placent sur le cheminement des artistes lorsqu’ils vont des loges aux espaces scéniques. Le troisième élément est l’ensemble des commodités pour les artistes tels que les loges, les salles de répétitions individuelles et collectives, des salles de détentes et de sports, un studio d’enregistrements et des bureaux artistiques.

J’ai essayé de faire un édifice, qui, malgré son programme élitiste, soit démocratique dans son importance urbaine et apporte une qualité de vie au quartier en dehors des seuls moments de représentations.

Maîtrise d’œuvre :

Aurélien SUCHET Architecte

    Date :
    2012